Analyse d'après « La crispation hexagonale » de V.Tiberj (2008).*
1- Alerte au feu et manipulation.
.
La crise de Novembre 2005 eu l'effet d'une « alerte au feu » (moment de remobilisation par les médias d'un thème : ici les cités [Samuel Popkin]). Ce moment est l'occasion d'un mise en branle de la dynamique autoritaire par la droite, sous le prétexte de la « sauvegarde de la cohésion de la communauté ».
.
En effet, l'argumentaire est fondé sur l'idée selon laquelle « la République amollie n'aurait plus les moyens de tenir son territoire ». De plus, aux remontées de l'opinion anti-immigrés en 1995 et 2002 correspond le sentiment "qu'on ne se sent plus chez soi".
.
La majorité des français semble adhérer à ce discours:
.
-Les « ethno-religieux » (40%) adhèrent fermement au discours incriminant l'immigration, le « racisme antifrançais » et privilégient la répression.
.
-Les multiculturalistes (30%) considèrent qu'il est le « produit » de la politique de N.Sarkozy ou de la télévision.
.
-Les libéraux (15%) mettent en avant l'inégalité des chances qui conduit à la violence.
.
-Les autoritaristes (10%) imputent la crise au « manque de contrôle parental » et l'immigration.
.
En fin de compte, si 45% des français sont sceptique quant aux solutions répressives de la crise, l'hétérogénité socio-politique de ce groupe l'affaiblit face au « bloc » ethno-religieux.
.
La crispation s'étend à l'ensemble de la société, au-delà des différences sociales et politiques. En 2007, elle repose sur 8 arguments :
.
a-Il y a de l'insécurité (80%),
.
b-Il y a trop d'immigrés (70% au total, mais 50% à gauche),
.
c-La construction des mosquées met en danger notre république (60%),
.
d-Les problèmes d'intégration des immigrés est de leur responsabilité (57%)
.
e-On ne se sent plus chez soi (50%).
.
f-Il y a un contrôle insuffisant des parents (40%).
.
g-La question de la discipline à l'école est celle qui rassemble le plus les conservateurs. Derrière cette question se dessine une demande d'autorité scolaire sans autoritarisme.
.
h-La laïcité est mise en péril : 80% des français plaident pour l'interdiction du voile, et ce au nom de leur attachement à l'école publique et laïque. Néanmoins, il est certain que la laïcité cache d'autres raisons moins avouables : la laïcité est en fait devenu une épice dans un mélange dominé par le rejet de l'autre et le repli sur soi. Bref, les grands principes républicains deviennent des facilitateurs de crispation.
.
En définitive, en 2007, le cadre du débat sur l'immigration s'ancre sur le fantasme d'invasion. Mais ce cadrage n'est pas le seul possible : un cadrage alternatif sur l'intégration est plus porteur car politiquement correct.
.
2- Fin des tabous et « lepénisation » des esprits.
.
Le débat sur « l'intégration » comprend un cadrage républicain qui évite les « pièges » de l'ancien débat sur l'immigration.
.
Plus précisément, on peut dire que l'immigration, l'intégration et la question de l'islam ne sont plus des sujets tabous : par le cadrage républicain, les marges de manoeuvre de la droite sont élargies. Antisémitisme et oppression des femmes sont souvent évoqués à propos des musulmans. Par cette stigmatisation, la France peut créer la montée du communautarisme qu'elle redoute. Le modèle républicain pourrait alors être en danger.
.
Dès lors, quand stigmatiser l'islam dans les années 1990 aboutissait à être accusé de racisme, adopter la même attitude aujourd'hui est facilitée du fait du sentiment que l'islam menace les valeurs républicaines. L'excuse républicaine permet de convaincre jusqu'aux électeurs les plus « ouverts ».
.
Bref, on constate la sensibilisation accrue de l'électorat aux actes racistes, organisant le passage du racisme biologiquee, au racisme culturaliste (P-A.Taguieff, "La force du préjugé", 1992).
.
Cette conjonction d’évolutions est à l’origine de la montée en puissance d’un groupe « assimilationniste » au sein de la population française, dont le discours rompt avec l’idée selon laquelle « l'insécurité sociale » est à l’origine du malaise dans l’immigration, pour exiger une responsabilisation plus importante des « immigrés-victimes » eux-mêmes.
.
-Les assimilationnistes (60% des Français) considèrent que les migrants sont responsables des problèmes d'intégration ; les nouveaux arrivants doivent se conformer au modèle français en abandonnant toute spécificité. Ils sont majoritairement catholiques, sont âgés et ne disposent que du Bac ou Bep.
.
-Les républicains (28%) : considèrent que la société est responsable des difficultés d'intégration des immigrés.
.
-Les multiculturels (8%) : jeunes diplômés très ouverts.
.
-Les protestataires-anxieux (4%) : fourre tout indéfinissable.
.
On peut considérer que les Républicains et Multiculturels représentent l’électorat de gauche, qui, sur cette question, ne rassemble que 36% des opinions « ouvertes ».
.
3-Quelles solutions pour la Gauche ?
.
Plus précisément, on peut dire que l'immigration, l'intégration et la question de l'islam ne sont plus des sujets tabous : par le cadrage républicain, les marges de manoeuvre de la droite sont élargies. Antisémitisme et oppression des femmes sont souvent évoqués à propos des musulmans. Par cette stigmatisation, la France peut créer la montée du communautarisme qu'elle redoute. Le modèle républicain pourrait alors être en danger.
.
Dès lors, quand stigmatiser l'islam dans les années 1990 aboutissait à être accusé de racisme, adopter la même attitude aujourd'hui est facilitée du fait du sentiment que l'islam menace les valeurs républicaines. L'excuse républicaine permet de convaincre jusqu'aux électeurs les plus « ouverts ».
.
Bref, on constate la sensibilisation accrue de l'électorat aux actes racistes, organisant le passage du racisme biologiquee, au racisme culturaliste (P-A.Taguieff, "La force du préjugé", 1992).
.
Cette conjonction d’évolutions est à l’origine de la montée en puissance d’un groupe « assimilationniste » au sein de la population française, dont le discours rompt avec l’idée selon laquelle « l'insécurité sociale » est à l’origine du malaise dans l’immigration, pour exiger une responsabilisation plus importante des « immigrés-victimes » eux-mêmes.
.
-Les assimilationnistes (60% des Français) considèrent que les migrants sont responsables des problèmes d'intégration ; les nouveaux arrivants doivent se conformer au modèle français en abandonnant toute spécificité. Ils sont majoritairement catholiques, sont âgés et ne disposent que du Bac ou Bep.
.
-Les républicains (28%) : considèrent que la société est responsable des difficultés d'intégration des immigrés.
.
-Les multiculturels (8%) : jeunes diplômés très ouverts.
.
-Les protestataires-anxieux (4%) : fourre tout indéfinissable.
.
On peut considérer que les Républicains et Multiculturels représentent l’électorat de gauche, qui, sur cette question, ne rassemble que 36% des opinions « ouvertes ».
.
3-Quelles solutions pour la Gauche ?
.
a-Créer une « alerte au feu » sociale.
.
Un sujet chassant l'autre, la campagne se joue sur les terrains qu'éclaire l'actualité : tout est donc question de manipulation ; l'électeur étant conjoncturel.
.
Pour l’heure, le paradoxe que la gauche ne parvient pas à dépasser est que le sentiment d'insécurité, au lieu d'entraîner le rejet du pouvoir en place (a priori responsable), tend au contraire à l'appuyer.
.
En effet, l'image de N.Sarkozy et le soutien de l'opinion dont il bénéficie après la crise des banlieues s'appuie sur un double effet : le sentiment d'insécurité crée un préjuge favorable en sa faveur dans la frange « inquiète » de la population.
.
Néanmoins, le CPE a aussi agit comme une « alerte au feu », relançant une prise de conscience de la crise sociale. La frange « socialement inquiète » de la population pourrait alors se tourner vers la Gauche : or, la frange « sécuritairement inquiète » se confond avec la frange « socialement inquiète ».
.
La question : quelle sera l’alerte au feu sociale aussi puissante et positive que le CPE ?
.
b-Faire passer un message « assimilationniste » sans l’avouer.
.
Les Français ont tendance à considérer comme un acte raciste qu'un Blanc caricature un Noir, quand la caricature d'un Noir par un individu membre des « minorités visibles » est tout à fait toléré.
.
Dès lors, il est tout à fait possible que la Gauche critique les immigrés en choisissant pour porte-voix un individu issu de l'immigration, notamment pour faire passer un message de tendance assimilationnistes (une musulmane appelant ses sœurs à se « libérer du voile » par exemple).
a-Créer une « alerte au feu » sociale.
.
Un sujet chassant l'autre, la campagne se joue sur les terrains qu'éclaire l'actualité : tout est donc question de manipulation ; l'électeur étant conjoncturel.
.
Pour l’heure, le paradoxe que la gauche ne parvient pas à dépasser est que le sentiment d'insécurité, au lieu d'entraîner le rejet du pouvoir en place (a priori responsable), tend au contraire à l'appuyer.
.
En effet, l'image de N.Sarkozy et le soutien de l'opinion dont il bénéficie après la crise des banlieues s'appuie sur un double effet : le sentiment d'insécurité crée un préjuge favorable en sa faveur dans la frange « inquiète » de la population.
.
Néanmoins, le CPE a aussi agit comme une « alerte au feu », relançant une prise de conscience de la crise sociale. La frange « socialement inquiète » de la population pourrait alors se tourner vers la Gauche : or, la frange « sécuritairement inquiète » se confond avec la frange « socialement inquiète ».
.
La question : quelle sera l’alerte au feu sociale aussi puissante et positive que le CPE ?
.
b-Faire passer un message « assimilationniste » sans l’avouer.
.
Les Français ont tendance à considérer comme un acte raciste qu'un Blanc caricature un Noir, quand la caricature d'un Noir par un individu membre des « minorités visibles » est tout à fait toléré.
.
Dès lors, il est tout à fait possible que la Gauche critique les immigrés en choisissant pour porte-voix un individu issu de l'immigration, notamment pour faire passer un message de tendance assimilationnistes (une musulmane appelant ses sœurs à se « libérer du voile » par exemple).
.
c-Définir un bouc émissaire « de droite » rassemblant la majorité des français contre lui : le « fraudeur fiscal et social ».
c-Définir un bouc émissaire « de droite » rassemblant la majorité des français contre lui : le « fraudeur fiscal et social ».
0 commentaires